L'oisiveté retrouvée : une journée pour réapprendre la lenteur au château
Il existe un luxe que nulle étoile d'hôtel ne saurait récompenser : celui du temps qui s'écoule sans qu'on le compte. Au château de Jonvilliers, nous avons pris l'habitude de dire à nos hôtes, dès leur arrivée, que la première règle de la maison est de n'en suivre aucune. Ceux qui viennent chercher l'agitation repartent déçus ; ceux qui viennent chercher le silence repartent transformés.
Un art que la noblesse cultivait avec sérieux
On imagine volontiers les châtelains d'autrefois accablés d'occupations, mais l'histoire nous rappelle que l'oisiveté fut longtemps une prérogative et même une discipline. Le duc de Saint-Simon lui-même, si prolixe à la cour, savait ménager ces heures creuses où l'esprit se régénère. La sieste, dans les grandes demeures de la Loire, n'était pas une faiblesse : c'était un rituel. On fermait les persiennes après le repas de midi, on se retirait dans la chambre du fond, et l'on laissait au sommeil le soin de digérer les conversations du matin.
Ce que nous appelons aujourd'hui « déconnexion » portait alors un nom plus simple : la vie de château. Non pas celle des fêtes et des réceptions, mais celle, plus secrète, des après-midi suspendus.
Dix heures du matin : la bibliothèque feutrée
Voici l'itinéraire que nous suggérons à ceux qui souhaitent réapprendre la lenteur. Commencez la journée tardivement — il n'y a aucune honte à cela, bien au contraire. Après un petit-déjeuner servi sans hâte dans la salle à manger voûtée, installez-vous dans la bibliothèque du rez-de-chaussée. Les rayonnages y mêlent des éditions du XIXe siècle et des ouvrages sur les vignobles de la région. Empruntez un livre, prenez le fauteuil près de la fenêtre, et laissez le soleil du matin strier les pages.
Certains de nos hôtes s'étonnent de ne rien « visiter » avant midi. Nous leur répondons que la vallée de la Loire se mérite : on ne pénètre pas dans Chinon ou dans l'abbaye de Fontevraud comme on entre dans une boutique.
Midi : la table, sans montre
Le déjeuner au château est une affaire sérieuse, mais jamais pressée. Produits du potager et des fermes voisines, fromages de Sainte-Maure-de-Touraine, pain de levain : tout concourt à ce que le repas dure ce qu'il doit durer. C'est là, précisément, que commence le grand art.
Quinze heures : la sieste, mode d'emploi
Nous recommandons sans détour la chambre aux persiennes closes, le lit à baldaquin si vous logez dans l'aile est, ou la méridienne de la galerie si le soleil n'est pas trop vif. Vingt minutes à une heure : au-delà, le sommeil profond risque de troubler la nuit. Ne vous reprochez rien. Le duc, lui, ne se reprochait rien.
Crépuscule : un verre de chinon face au parc
Le moment que nos hôtes évoquent le plus souvent, une fois rentrés chez eux, est celui-ci. Le parc à l'anglaise s'embrase vers dix-neuf heures, les cèdres projettent des ombres longues, et la Vienne, au loin, prend la couleur du vin qu'on vient de servir. Un chinon frais, servi sur la terrasse, achève ce que la journée a commencé : la remise en ordre de l'esprit.
C'est là, assis dans un fauteuil de jardin, que l'on comprend enfin ce que la noblesse d'autrefois savait et que nous avons oublié : le repos n'est pas l'absence de vie, il en est la plus haute expression. Les vignes elles-mêmes le savent, qui passent l'hiver au repos pour donner leur meilleur vin au printemps suivant.
Repartir, ou ne pas repartir
Beaucoup prolongent leur séjour sans l'avoir décidé. C'est le plus bel hommage que l'on puisse rendre à la maison. Pour ceux qui doivent partir, nous formulons un seul conseil : ne reprenez pas tout de suite le rythme. Laissez la lenteur du château vous suivre quelques jours, comme un parfum sur un habit.
La sieste du duc n'était pas une fuite du monde. C'était sa manière de l'habiter pleinement. Elle vous attend, elle aussi, entre les murs de Jonvilliers.