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Sous les clos retrouvés : la résurrection du potager du XVIIIe siècle

Château de Jonvilliers
Sous les clos retrouvés : la résurrection du potager du XVIIIe siècle

Il y a un lieu au cœur du domaine que les visiteurs de passage ignorent souvent : un ancien clos muré, invisible depuis les allées principales, où la terre conserve la mémoire des saisons. Voilà plusieurs siècles que ce potager nourrit la maison. Abandonné au fil du XXe siècle, il connaît aujourd'hui une seconde naissance, conduite avec le soin qu'exige tout ouvrage de longue haleine.

Les archives parlent d'abord

Toute restauration digne de ce nom commence par le papier avant de toucher à la terre. Dans les réserves départementales, des registres de la fin du XVIIIe siècle ont livré leurs secrets : inventaires de graines, plans cotés, notes d'un jardinier qui consignait méticuleusement ses semis et ses récoltes. Ces documents, précieux et fragiles, ont permis d'établir la cartographie d'origine des carrés, la position des espaliers de poiriers contre les murs, et jusque l'emplacement de la serre chauffée — prouesse technique de son temps.

C'est sur ces fondements documentaires que le projet s'est construit, à l'écart des facilités du paysagisme contemporain. Ici, point de lignes arbitraires : chaque allée de brique tressée, chaque bordure de buis restituée, correspond à une trace retrouvée.

Un mur, un climat

Celui qui n'a jamais caressé en hiver la pierre d'un mur à espalier ne sait pas ce qu'un simple ouvrage de maçonnerie peut offrir. Les murs du clos, hauts de près de quatre mètres, orientés au sud, constituent un microclimat que les jardiniers d'autrefois maîtrisaient avec science. Ils avançaient les récoltes de pêches de plusieurs semaines et permettaient à des figuiers de prospérer sous une latitude qui, sans eux, les condamnerait.

La réfection de ces murs, réalisée à la chaux et avec les pierres d'origine, a constitué la première étape du chantier. Une leçon de patience : la maçonnerie traditionnelle demande des artisans rares, et la pierre, une fois remontée, doit se tasser avant de redevenir ce radiateur doux qu'aimaient les jardiniers du siècle des Lumières.

Légumes d'hier, saveurs de demain

Que replanter sur ces carrés retrouvés ? Les inventaires anciens ont dicté la liste : cardons, crosnes du Japon, poireaux perpétuels, mâche d'Inde, topinambours aux noms oubliés. Ces variétés, délaissées par la distribution moderne, trouvent ici un terrain d'élection. Des conservatoires végétaux et des grainetiers spécialisés ont fourni semences et plants, et les premières récoltes ont confirmé ce que les textes suggéraient : ces légumes anciens portent des saveurs d'une complexité que le palais contemporain avait cessé d'attendre.

Les herbes de cuisine et officinales occupent une place d'honneur, comme le voulait l'usage : sauge, hysope, bourrache, et cet estragon qui, paraît-il, ne se transmet jamais bien d'un jardinier à l'autre qu'en le confiant avec le reste des clés.

Du clos à la table

Cette renaissance n'a rien d'une simple curiosité patrimoniale. Elle nourrit directement l'hospitalité du domaine. Les hôtes des chambres retrouvent sur leur table, au fil des saisons, ce que le clos a produit : une bisque de cardon en hiver, des crosnes glacés au beurre au premier printemps, des tomates anciennes qui n'ont jamais vu le chemin d'un camion frigorifique.

Cette démarche « du jardin à l'assiette » s'inscrit naturellement dans l'esprit des séjours œnologiques du domaine, où la découverte des vignes voisines s'accompagne désormais d'une promenade dans les carrés restaurés. On y goûte à la cueillette, on y écoute l'histoire des variétés, on y comprend qu'un terroir ne se limite pas à ses coteaux.

Visiter le potager

Le clos retrouvé se découvre lors de visites guidées organisées plusieurs fois par mois, et plus librement pour les hôtes du domaine. Les amateurs de jardin y trouveront un répertoire d'idées transplantables chez eux ; les autres, simplement, une heure de beauté calme, à l'abri des murs, où le temps semble s'être remis au travail sans jamais se presser.

Un potager, disait-on autrefois, est le miroir d'une maison. Si tel est le cas, celle-ci vient de retrouver un reflet fidèle à son histoire.

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